Les jeux du cirque dans la mosaïque romaine en Tunisie

Par Zaher Kammoun

Les romains appréciaient les courses de chevaux dans les cirques. Pour cela, ils formaient les factiones  qui sont des syndicats qui organisaient les spectacles de courses pour le compte de magistrats ou de riches personnages qui les offraient à la foule des citoyens

Les factions sont divisées en 4 : les bleus, les verts, les blancs et les rouges

Plusieurs cirques ont été édifiés en Tunisie, le plus connu c’est celui de Carthage. Et plusieurs pavements ont été découverts  présentent des scènes de cirque

La mosaïque de Carthage

Cette mosaïque datée de la fin du 2ème siècle ou du début du 3ème siècle après J.C est trouvée à Carthage.

متحف باردو musée Bardo

Elle montre une image complète d’un édifice de cirque. Le cirque est vu de l’intérieur et de l’extérieur

De l’enceinte extérieure du monument, seule l’une des façades a été figurée : c’est un soubassement massif surmonté de deux étages d’arcades cintrées, vues de face. L’intérieur est présenté dans sa totalité.  Sur les trois cotés de l’édifice, les gradins sont entièrement masqués par un voile déployé et destiné à abriter les spectateurs. 7 ouvertures qui sont aménagées pour conduire les spectateurs à partir des galeries voutées, vers leurs places dans les gradins, se trouvent sur le coté long opposé à la façade. Sur cette partie se trouvent deux petits édifices à colonnes coiffés d’un toit à double pente  qui sont peut être des temples ou des loges pour les arbitres

L’enceinte du cirque délimite au centre une piste ovale. A droite on voit une large baie de la porte principale. De part et d’autre de cette porte, se trouvent huit loges fermées par des portes claires-voies et d’où les chars concurrents prenaient leurs départs

La spina se trouve au centre et divise la piste en deux parties. Ses extrémités sont hérissées de bornes autour desquelles tournent les attelages en compétition. Sur son socle on  trouve des ornements et des bassins remplis en eau

La scène de course a mis en compétition quatre cochers, parés des couleurs des factions et montés sur des chars légers à deux roues basses. Trois attelages sont en train de courir dans le sens normal et le quatrième dans le sens inverse. Ce dernier est sans doute le cocher vainqueur qui a déjà bouclé les 7 tours de piste réglementaires et ayant reçu la palme de la victoire

Une personne à pied munie d’une amphore et d’un fouet semble inciter par le geste l’attelage à ralentir sa course : c’est un fonctionnaire de piste dont sa tache consiste à arroser d’eau les naseaux des chevaux et les essieux surchauffés des chars

Cette mosaïque est exposée aujourd’hui au musée du Bardo

La mosaïque de Gafsa

Cette mosaïque trouvée à Gafsa date du début du 6ème siècle après J.C (époque byzantine)

L’œuvre présente de diverses figures qui se juxtaposent les unes aux autres sans aucun effet de perspective

متحف باردو musée Bardo

De l’édifice du cirque, on peut voir l’arène ovale avec la spina et les loges des carceres

L’enceinte du cirque est représentée par une série d’arcades en plein cintre supportées par des colonnes torses qui s’alignent de face sur l’un des cotés longs de l’édifice. A l’intérieur d’entassent de nombreuses personnes dont seules les têtes ont été figurées

Le long du petit coté droit, se trouvent les quatre loges. A l’intérieur de chaque loge se trouve une personne nue asexuée

La spina divise l’arène en deux parties égales. A ses deux extrémités ont été plantées les bornes géométrisées sous forme de simples triangles effilées

Sur le sol de l’arène se dresse un édifice à fronton rectangulaire surmontée d’une statue de victoire et une construction d’interprétation difficile

L’équipage vainqueur appartient au parti des verts et c’est vers lui se dirigent le juge et le musicien qui porte sur son épaule gauche une peau de chèvre gonflée et brandit et de la main de droite une petit instrument de musique constitué de tubes d’osier accolés

Cette mosaïque est exposée aujourd’hui au musée du Bardo

D’autres mosaïques trouvées en Tunisie présentent des auriges célèbres et des chevaux surnommés

L’aurige vainqueur de Dougga

Ce pavement de mosaïque trouvé à Dougga est daté de la deuxième moitié du 4ème siècle après J.C

متحف باردو musée Bardo

L’équipage est figuré de face avec des chevaux ordonnés de paires de chaque coté du char. Près de l’aurige, qui s’appelle Eros, se trouve une inscription  disant Eros omnia per te (Eros tout grâce à toi). Sa tunique est verdâtre très étroitement ajustée au corps, est serrée par une large ceinture à plusieurs lanières de cuir, destinée à le protéger contre le frottement des rênes, nouées autour de sa taille. Il tient dans ses mains un fouet, une couronne végétale et un palme.

Deux des quatre chevaux possèdent des noms : Amandus (l’aimable) et Frunitus (le jovial)

En arrière, on voit une série d’arcades fermées par des portes battantes à claire voie qui évoquent les remises d’un cirque. Au dessus se trouve un édifice à faces tétrastyles surmontée d’un fronton triangulaire. Il peut être un temple ou la loge de l’ordonnateur des jeux

Cette mosaïque est exposée aujourd’hui au musée du Bardo

La mosaïque de Sousse  

Cette mosaïque datée de la première moitié du 3ème siècle après J.C, montre 4 coursiers cabrés qui se font face deux par deux

متحف سوسة Musée de Sousse

Les chevaux dont leurs noms sont mentionnés ont l’encolure couverte d’un camail, la queue nouée et enrubannée et les pattes antérieures protégées par des bandages. Sur leurs têtes s’élèvent les palmes de victoire

Les palefreniers, munis d’un petit fouet, les retiennent difficilement par la bride. Ces personnes portent des tuniques richement décorées aux couleurs des quatre factions

Les noms des chevaux sont respectivement : Pupillus pour les bleus, Cupido pour les blancs, Amator pour les verts et Aura pour les rouges

La mosaïque de Sorothus

Cette mosaïque a été découverte à Sousse dans une belle maison de la fin du 2ème siècle après J.C appartenant à un riche qui s’appelle Sorothus. Sa fortune est due essentiellement à l’élevage des chevaux.

Musée de Sousse متحف سوسة

La mosaïque de Sorothus

Le pavement était au début presque intact mais malheureusement il a été détruit au cours des bombardements de la deuxième guerre mondiale et ne reste que quelques fragments

La mosaïque présente un paysage ou se dresse au centre un site montagneux dénudé. Au pied des rochers coule une source ou viennent s’abreuvoir une vache et une chèvre

En avant plan du tableau, se trouve une vaste prairie ou évoluent en liberté les chevaux d’un haras. Un reconnaît une jument qui lèche un étalon, une autre qui s’apprête à allaiter, une troisième broutant paisiblement suivie par son poulain et une quatrième accompagnée par un poulain qui se gratte l’une des pattes postérieures

Dans les angles du tableau se trouvent quatre médaillons dont deux sont exposés aujourd’hui.

Chaque médaillon présente des chevaux de course vainqueurs affrontés de part et d’autre d’un palmier (symbole de la victoire). Les chevaux s’appellent Amor et DominatorAdorandus et Crinitus

Cette mosaïque est exposée aujourd’hui au musée de Sousse

La mosaïque des chevaux vainqueurs de Carthage

Ce pavement date du 4ème siècle après J.C. Il est exposé aujourd’hui dans la maison de la volière à Carthage (les villas romaines)

Maison de la volière Carthage

Le pavement est formé d’une alternance de carrés en opus sectile et de tableaux en mosaïque très fine renfermant généralement l’image d’un cheval de course

Généralement en plus de l’image du cheval on peut voir dans le carreau une représentation d’un personnage divin, un sujet mythologique ou une scène de la vie quotidienne : on peut voir Jupiter, Minerve, Neptune, Mars, Mercure… parmi les thèmes mythologiques on peut voir Orphée charmant les animaux, Enée fuyant Troie, Thétis plongeant Achille dans les eaux de Styx, le saut de Leucade par Sapho, la louve allaitant Romulus et Rémus. Les scènes de vie montrent des athlètes, des pugilistes, des chasseurs, des joueurs de dés et d’autres activités familières…

Maison de la volière Carthage

Les chevaux ne portent pas de noms mais les figures qui accompagnent les chevaux peuvent donner une idée sur leurs noms. Ainsi on peut les nommer Neptunius, Icarius, Aeneas, Géryon, les juments Sapho et Danae. A partir des scènes de vie quotidienne on peut avoir les noms suivants : le chasseur, le lièvre, le coureur, l’athlète

C’est une manière originale pour indiquer les noms des chevaux

La mosaïque des chevaux vainqueurs de Dougga

Chasse des oiseaux à la glu par des Amours et quatre chevaux vainqueurs. 3ème siècle après J.C. Maison du trifolium de Dougga. Musée du Bardo

متحف باردو Musée Bardo

La mosaïque des thermes d’Antonin

Cette mosaïque de Carthage est datée du 4ème siècle après J.C.

Les thermes d'Antonin حمامات انطونينوس

Elle présente  quatre chevaux disposés comme les ailes d’un moulin à vent, autour d’une tête commune qui, par un effet de trompe-l’œil, donne l’impression d’appartenir à chacun d’eux

La signification symbolique de l’œuvre n’est pas claire

Le pavement est exposé aujourd’hui au parc des thermes d’Antonin à Carthage

Le pavement de Moknine 

Ce pavement daté de l’époque vandale (5 ème siècle après J.C) a été trouvé dans la région de Moknine

Musée Moknine متحف المكنين

C’est un pavement constitué d’un décor végétal dont la structure reproduit l’ordonnance d’une voûte d’arête réfléchie et d’où s’inscrivent divers motifs de cirque: sur l’un des cotés disposés en sens inverse, l’un de l’autre, deux chevaux de course affrontés de part et d’autre d’un cratère et trois arcades évoquant les remises ou la porte triomphale d’un édifice de cirque.

Musée Moknine متحف المكنين

Au centre, se trouve un aurige conduisant un quadrige et brandissant un cartouche où se lit un défi au mauvais œil.

Ce pavement a été entreposé au Ribat de Monastir, mais aujourd’hui il est exposé au musée de Moknine

Sources

  • Splendeurs des mosaïques de Tunisie, Mohamed Yacoub
  • La domus de Sorothus et ses mosaïques  suivi d’une note additionnelle par M. Henri Lavagne
  • http://www.soussemuseum.tn/
  • Les merveilles du musée du Bardo, Mohamed Yacoub
  • Peinture de pierres, les mosaïques du musée du Bardo, Mohamed Yacoub

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