Cilium (Kasserine)

Par Zaher Kammoun 

Kasserine compte parmi les rares villes anciennes qui doit sa célébrité au rôle stratégique, politique et économique qu’elle a joué dans l’antiquité.

Connue sous le nom de Cilium ou de Scilli sous l’empire romain, la cité est édifiée vers l’an 80, sous le règne de l’empereur Vespasien, fondateur de la dynastie des Flaviens. Depuis, elle a su conserver en son sein quelques vestiges qui témoignent du développement et de la stabilité qu’elle a connu aux époques romaine puis byzantine. Cette cité dominait Oued Derb. Elle devenait municipe sous le règne de Trajan (entre 97 et 117 après J.C) puis devenait colonie à l’époque sévérienne (de 193 à 235 après J.C)

La ville était un évêché dès le 3ème siècles après J.C et connaîtra au 4ème siècle le donatisme qui sera représenté en 411 à Carthage par un évêque dénommé Donatus

Cilium

Les principaux sites historiques qui datent de ces périodes sont un forum, un arc de triomphe bâti en l’honneur de l’empereur romain Septime Sévère un capitole, un théâtre, plusieurs maisons, une église paléochrétienne, un fort byzantin ainsi que deux mausolées, le mausolée des Flavii et le mausolée des Petronii.

L’arc de Triomphe

Situé à extrémité Nord du site et marque probablement l’entrée de la ville, l’arc de triomphe possède une architecture simple: une arcade surmontée d’un attique décoré de pilastres carrés. Son hauteur est d’environ 10m

Sur l’épistyle, une inscription existe mais martelée par laisser sa place à une inscription ultérieure. Il s’agit dans les deux cas d’une inscription célébrant la restauration entre les années 312 et 317 d’une partie de l’arc aux frais de Ceionius Apronianus, parton de la ville sous le double règne de Constantin et Licinius dont le nom a été martelé durant la période de conflit armé entre les deux homme suivie d’une réconciliation

Arc de triomphe de la Colonia Cillilana Cilium

Arc de triomphe de la Colonia Cillilana Cilium

Le mausolée des Flavii

Il est construit au milieu du II ème siècle par Titus Flavius Secundus en l’honneur et à la mémoire de son père ; il témoigne aussi de sa pietas. Les Flavii sont la famille d’un vétéran établi à Cillium, une cité devenue prospère grâce à la culture viticole pratiquée dans les environs et à la création de canaux d’irrigation. Le mausolée est constitué de trois étages en un mélange de styles architecturaux punique, héllénistique et libyen. L’épigrapheest quant à elle d’une grande importance puisque y figure un long poème en vers latin  et des prières grecques traitant de l’incertitude de la vie après la mort et des certitudes à propos de la fonction de ce bâtiment. La lecture de ces vers n’est pas aisée, d’où la difficulté de leur traduction :

« La vie est bien courte et ses moments s’enfuient, nos jours arrachés passent comme une heure brève, nos corps mortels sont attirés au fond des terres élyséennes par Lachésis la malveillante acharnée à couper l’écheveau de nos vies, voici pourtant qu’a été inventée l’image, procédé séduisant ; grâce à elle, les êtres sont prolongés pour la suite du temps, car la mémoire, rendue moins éphémère, les recueille et garde en elle bien des souvenirs : les inscriptions sont faites pour que perdurent les années […] Qui pourrait désormais s’arrêter là sans ressentir de vertueux élans, qui n’admirerait ce chef-d’œuvre, qui, en voyant cette profusion de richesses, ne resterait confondu devant les immenses ressources qui permettent de lancer ce monument dans les souffles de l’éther. »

Mausolée des Flavii Cilium

Mausolée des Flavii Cilium

Le mausolée des Petronii

Il est construit vers 230 à la mémoire de la famille Petronii par M. Petronius Fortunatus, un vétéran né en 155, centurion dans treize légions, dont la III Gallica, la III Augusta et la II Parthica, qui participa sans doute à la campagne orientale de Septime Sévère en 199. Les inscriptions sur le mausolée font connaître le centurion et retrace sa carrière militaire entre 175 et 220, date à laquelle il reçoit son honesta missio, un diplôme délivré aux soldats qui atteste de la fin de leur service. Le mausolée est qualifié de memoria ; c’est surtout à la période chrétienne que le terme est utilisé dans ce sens. Certains proposent de le traduire par « mémorial » à tort car ce mot désigne un cénotaphe vide de tout corps. Il ne subsiste de nos jours que deux pans de murs. Ses dimensions et les restes de son décor architectural permettent de supposer qu’il offrait une composition architecturale comparable au mausolée des Flavii.

Cilium (3)

Le nom actuel de la ville trouve son origine dans l’existence de ces deux mausolées, Kasserine signifiant en arabe « les deux châteaux ».

Autres vestiges

  • Le capitole
  • Le théâtre
  • L’église

Des pièces archéologiques de Cilium

Fut de colonne, sculpté d’un motif géométrique et floral. 5-6 ème après J.C. Musée de Sbeitla

متحف سبيطلة musée Sbeitla

Sources 

La Tunisie du Centre Ouest, les hautes steppes, Fathi Béjaoui

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